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Vermillon

Je suis rouge, et brûlant et caressant et obscène; et opaque et froid et gluant - je me colle à ta peau, je dégouline entre tes doigts, rampe dans tes paumes, tes plis, tes ongles, tes chairs, jusqu'à ton souffle que j'emprisonne, puis je lèche ton sein qui tape encore plus fort; tu exultes et tu jouis, croyant que je me donne. Non, je me prête, un instant éternel; et toi, tu crois que tu es moi, tu trempes le bout de ta langue en moi, t'en pourlèches les lèvres, t'en écrases les joues, et trouves mon goût poison excitant; t'aperçois hagarde dans le reflet, éclaboussée de mon sang, grandie de cette blessure béante, de ce substitut qui fait toujours semblant et qui trahit et qui te trompe. Je ne suis pas la sève que tu crois, que tu veux. Prends-moi quand même, tu n'as pas le choix, trempe tes poils et ton bois dans ma sueur gourmande et, suinte-moi, gicle-moi, caresse-moi sur ta surface conne, ta surface de pacotille, ton blanc plat, léché, poli, raide, civilisé, posé là pour dire qu'il n'a rien à dire. (du vermillon à la toile blanche...)

Bleu

J'étais le miel, la douceur et le jeu. Il est la liqueur, le souffle et le silence. J'avais accepté l'exil pour donner corps à mon ivresse, mais dans mon souvenir lancinant, le battement de son aile caresse encore ma tempe - et mon désir est brûlant. Et puis, de ce charnel longuement épousé, je ne veux plus garder que la jouissance et la tendresse. Je ne veux plus du cri de la peau qui me lacère, me hante et me désespère - je veux vibrer doucement, chaudement et me hisser hors de la griffure et du chaos. Et retrouver enfin ma douce peau d'ange, mes plumes et mes silences.